J'ai l'habitude de définir l'itinérance par la durée de l'expérience. Je raconte souvent aux personnes que j'accompagne qu'en dessous de trois jours, il est difficile de faire de l'itinérance.
En deux jours, la modalité de pratique est plus classique : accès au refuge le premier jour et ascension d'un sommet le lendemain. Il existe évidemment des itinérances plus courtes, mais le pendant d'une compression du temps est souvent l'inflation des dénivelés quotidiens.
À mon sens, l'itinérance est intimement liée au sentiment d'immersion, qui ne peut survenir qu'en passant du temps en montagne.
Le fait de vivre au moins une journée pleine en montagne, du lever au coucher, sans rallier la vallée ni prendre la voiture est un corollaire de ce sentiment si profond, qui tend au contraire à étirer le temps.
Qui fait l'expérience de l'itinérance fait l'expérience d'un temps qui se suspend, un temps long rythmé par les conditions et par des choses souvent insignifiantes en bas : l'aurore ou le crépuscule, la faim, la soif, la contemplation…
En progressant dans ma réflexion, je me suis rendu compte que la forme des lignes esquissées puis tracées était au cœur de l'expérience vécue.
Aux lignes verticales, qui se dressent vers les sommets et symbolisent un rapport moderne et conquérant à la montagne, se substituent des lignes horizontales, qui traversent vers des horizons parfois incertains.