Limone Piemonte → Rifugio Don Barbera
Cima del Becco – Vachere de Malabergue – Rifugio Don Barbera.
11,3 kmD+ 1000 mD− 980 m
Carnet de voyage
Segment #1 : Alpes Ligures
Du 12 au 16 mars 2024·5 jours·61,0 km·D+ 5390 m·D− 6260 m

L'an passé, on s'était cassé les dents. Un puissant retour d'Est avait commencé le premier jour prévu du raid pour se terminer… le dernier. Cette année, les conditions sont presque inverses : neige abondante jusqu'à basse altitude, anticyclone sans vent, lumière limpide. Seul hic, un risque d'avalanche encore annoncé à 4 au départ.
Je décide donc d'inverser le sens de la traversée : Limone Piemonte vers Garessio 2000. Cinq jours entre la plaine du Pô et la Méditerranée, quatre cabanes non gardées, des centaines de chamois et une solitude presque totale. Pas un skieur, pas une trace. Dans les Alpes, c'est chose rare.
Informations
Itinéraire
De Limone Piemonte à Garessio 2000, une traversée des Alpes ligures par les sommets, cols et cabanes.
Carte interactive — zoom volontairement limité.
Cima del Becco – Vachere de Malabergue – Rifugio Don Barbera.
11,3 kmD+ 1000 mD− 980 m
Passo della Gaina – Cima Marguareis – Colle dei Torinesi et couloir N – Porta Marguareis – Colle del Pas – Capanna Saracco Volante.
8,4 kmD+ 1040 mD− 930 m
Cima Pian Ballaur – Monte Ballaur – descente de la pente SE jusqu'à la cote 2100 m – Colle degli Arpetti – Cima delle Saline – Passo delle Saline – Rifugio Mondovì.
11,2 kmD+ 1000 mD− 1480 m
Colle delle Colme Est – Monte Mongioie – Colletto Revelli – Bivacco Franco Caravero.
12,9 kmD+ 1340 mD− 930 m
Cima Ruscarina – Cima Cuaiera – Rifugio Manolino – sommet des pistes de Garessio 2000.
17,2 kmD+ 1010 mD− 1940 m
Le récit
Cela faisait des mois que l'on en discutait. Elle m'enthousiasmait. Elle me faisait vibrer et constituait l'acmé d'une saison d'hiver quasi uniquement tournée vers l'itinérance à ski. Commencer une traversée des Alpes en segments, sur 20 ans, avec un groupe de clients que je connais depuis trois ans. La commencer par la plus belle des manières, en traversant un massif méconnu, dernière ou première extrémité des Alpes, les Alpes Ligures de Garessio à Limone.
Tout commençait pourtant pour le mieux. En se retrouvant dans un petit restaurant de Garessio, impatients à l'idée d'engager l'aventure, on ne pensait pas que Gianluca était aussi motivé que nous à faire la fête et à vivre l'instant présent. Tout cela s'est terminé à 4 h du matin, avec une dernière bouteille de Barolo. Voilà ce que l'on était venu chercher. En fait rien de spécial, mais tout ce qui pouvait advenir, surtout si cela n'était pas planifié.
L'issue du lendemain l'était d'ailleurs davantage. On le savait. Tous les modèles l'avaient anticipé, ce retour d'Est. Et de jour en jour, son intensité s'amplifiait. Mais il nous fallait monter à la station de Garessio 2000 pour le constater physiquement. Le but devenait une évidence. Gianluca nous a parlé d'un autre refuge sur le versant sud. Allons voir…
Le vent nous a fait vaciller mais il a laissé notre détermination intacte. Inébranlable, même en découvrant le petit local faisant office de refuge d'hiver : un espace de 5 m² avec trois lits superposés. Nous étions 6 ! Je me suis entêté dans ce plan, mais il fallait à présent se rendre à l'évidence : les Alpes Ligures seraient inhospitalières cette année, dans le créneau imparti. Après une nuit « encastrée », à sentir les vibrations de la structure causées par les rafales, nous avons dû prendre la décision.
Le moral des troupes n'était pas haut, au milieu de la gare de Fossano, lorsque nous mangions un pique-nique que nous aurions préféré partager là-haut. Après moultes plans, la Vallée d'Aoste paraissait encore la meilleure des options. Nous jubilions tous à l'idée de ne pas rentrer si vite à la maison. Peut-être un peu moins Guillaume et Mat, dont la mission consistait à retrouver la voiture garée à Limone et à lui ôter son épais parement blanc — au moins 60 cm !
Le Val d'Aoste, c'est un peu ma deuxième maison. J'avais deux plans, assez certains. Après un coup de fil à un ami guide valdôtain, nous optons pour le plan situé au plus près de la frontière, gage cette année encore d'un meilleur enneigement.
Une itinérance magnifique, entre le bivouac Cosimo Zappelli, encore secret, et le refuge Deffeyes, au pied des imposants glaciers du Ruitor. Personne et pas une trace de ski pendant trois jours, pourtant à quelques encablures de Courmayeur. Tout cela me surprendra toujours ! Et une dernière descente mémorable, dans un unique canyon de 1000 m de dénivelé, ponctué d'un petit ressaut pas si prévu sur la carte !
L’an passé, on s’était cassé les dents, arrivant dans les Alpes Ligures le premier jour d’un puissant retour d’Est, commençant le premier jour prévu du raid et se terminant le dernier jour… On avait terminé dans le Val d’Aoste et voilà comment Etienne m’avait résumé a posteriori l’aventure avortée :
« Entre la logistique pour récupérer tout le monde, poser la voiture à destination, etc.
La soirée non prévue chez « Gian-Lu » avec les Barolo de l’année de naissance de sa fille.
Le départ avorté par 130 km/h de vent.
Le refuge fermé, la nuit dans le placard à balai à 3 lits superposés pour 6.
Le train en panne. La C4 sous 1m de neige.
La nuit chez ton copain d'enfance. La douche dans le lavoir.
La cabane Zappelli. La belle poudre.
Les cols trop sympas.
La descente du canyon comme au Japon.
La désescalade dans la cascade.
Le retour au pas de course.
Et le café au Pilier Centrale pour finir. »
Cette année, les conditions sont bien différentes. Cela fait deux weekends que les retours d’Est agrémentent généreusement les Alpes du sud d’une couverture blanche jusqu’à basse altitude, et ils prévoient un anticyclone sans vent. C’est l’occasion rêvée de retenter l’aventure, dans des conditions plus sereines.
Seul hic : le risque d’avalanches est encore annoncé à 4 le jour de notre départ. En Italie, j’ai l’épée de Damoclès au-dessus de la tête. Notamment pour cette raison, je décide d’inverser le sens de la traversée : nous partirons cette fois-ci de Limone Piemonte pour terminer à Garessio 2000, aux confins des Alpes !
Tout a été incroyable : la vue dégagée sur l’ensemble de l’arc alpin grâce aux contrastes de couleurs entre la plaine du Po, verte et les montagnes enneigées, la vue sur la mer Méditerranée sur l’autre versant, les lumières douces parfaites pour les photos, les 4 cabanes non gardées dans lesquelles nous avons dormi… Et surtout : la solitude. Si nous avons croisé des centaines de chamois, nous n’avons pas croisé un skieur ni une trace durant ces cinq jours de traversée. Dans les Alpes, c’est chose rare !
Les emplois du temps se sont parfaitement alignés, et le surlendemain de mon arrivée à Garessio 2000 après une fantastique chevauchée des Alpes Ligures et après une journée marathon pour finaliser et (enfin) envoyer la version définitive de mon manuscrit de thèse, j'ai la chance de repartir depuis la même station de Limone Piemonte, mais cette fois-ci en mettant le cap au nord et initier une traversée des Alpes en segments, fil rouge des 20 prochaines années.
Parcours : J1 : Limone Piemonte – Cima del Becco – Vachere de Malabergue – Rifugio Don Barbera
J2 : Passo della Gaina – Cima Marguareis – Colle dei Torinesi et couloir N – Porta Marguareis – Colle del Pas – Capanna Saracco Volante
J3 : Cima Pian Ballaur – Monte Ballaur – descente de la pente SE jusqu’à la cote 2100m – Colle degli Arpetti – Cima delle Saline - Passo delle Saline – Rifugio Mondovi
J4 : Colle delle Colme Est – Monte Mongioie – Colletto Revelli – Bivacco Franco Caravero
J5 : Cima Ruscarina – Cima Cuaiera – Rifugio Manolino – Sommet des pistes de Garessio 2000
Portfolio
Segment #1 : Alpes Ligures