
Prologue
LES PINS CENTENAIRES
Skier en Grèce. Dans l’imaginaire collectif, ce n’est ni un pays de neige, ni un pays de ski. C’est justement pour cela que j’avais envie d’y aller : pour l’improbable, l’inattendu et les doutes.
Nous avons choisi de rejoindre l’Épire sans avion, par le train puis le ferry. Ensuite viennent le Tzoumerka, raide et minéral, ses villages de pierre et ses monastères suspendus, puis les Pindes, plus douces, avec leurs longues crêtes et leurs pins centenaires. Sept jours de traversée jusqu’au Smolikas, deuxième sommet de Grèce, pour un voyage dont, quelques jours avant le départ encore, je n’étais sûr de presque rien.
Informations
Pays : Grèce
Ville d’accès et de retour : Igoumenitsa & Ioannina
Durée et période : 10 jours, dont 7 jours de ski, fin février 2026
Forme du raid : traversée de massif
Distance et dénivelés parcourus : 162 km et 11 400 m de D+
Type d’hébergement : guest-houses
Participants : Amélie, Aurélien, Claire, Iris, Matthieu et Thomas
Encadrant : Yann Borgnet, guide de haute montagne
Itinéraire
7 jours. Du Tzoumerka au Smolikas.
Une traversée des montagnes de l’Épire, des reliefs minéraux du Tzoumerka aux longues crêtes boisées des Pindes, jusqu’au deuxième sommet de Grèce.
Refuge Stavros → Kalarites
Passage par Nereda et Matsouki avant de rejoindre à pied le village de Kalarites.
Kalarites → Matsouki
Col Baros, sommet du Kalogiros puis Souflomiti SE, avant la descente vers Matsouki.
Matsouki → Anthochori
Traversée par le lac Noss et le massif de Balcaz, puis longue descente jusqu’à Anthochori.
Anthochori → Périvoli
Entrée dans les Pindes par les longues crêtes de la Valia Kalda, entre forêts de hêtres, pins centenaires et sommets arrondis.
Périvoli → Vasilitsa
Longue traversée de crêtes jusqu’à la station de Vasilitsa, en suivant les secteurs encore enneigés.
Vasilitsa → Samarina
Crêtes sommitales, chapelles orthodoxes et longues descentes entre les pins avant de rejoindre Samarina.
Samarina → Smolikas → Pades
Ascension du Smolikas, deuxième sommet de Grèce, puis dernière descente vers Pades pour achever la traversée.
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Épire · Février 2026 Le récit complet
Le voyage commence avant les skis
4h, le réveil sonne. Je sais que la journée va être longue parce que pour nous rendre jusqu'en Grèce, nous avons choisi de ne pas prendre l'avion. Cela implique d'enchaîner plusieurs modes de transport : Novara, Milan, Brindisi, puis le ferry jusqu'à Igoumenitsa avant encore quelques heures de route vers les montagnes de l'Épire.
Évidemment, tout ne se passe pas comme prévu. La voiture d'Aurélien tombe en panne, la route d'accès au tunnel du Mont-Blanc ferme pour un tir d'avalanche, puis notre train s'arrête à Rimini. Le ferry est manqué. Une nuit imprévue à Brindisi, un programme à réorganiser et, une fois encore, le voyage commence bien avant les skis.
Premiers virages dans le Tzoumerka
Départ avant l'aube pour rejoindre les clients et attaquer la première étape. Plus de 2 000 mètres de dénivelé. Objectif : Matsouki, puis à pied, skis sur le dos, Kalarites. Depuis plusieurs jours, je doute de l'enneigement. Cette première étape est décisive.
À Nereda, aucune âme qui vive. Vers 1 500 mètres, plein sud, nous chaussons. Le brouillard nous enveloppe, puis les nuages se déchirent. La lumière revient, la neige est facile et les grandes courbes s'enchaînent. Plus bas, il faut déjà remettre les chaussures et marcher jusqu'à Matsouki, puis Kalarites.
Kalarites et les Apokries
Nous dormons chez Napoléon Zaglis. Avec sa femme, ils tiennent un restaurant-épicerie et quelques chambres. L'accueil est immédiat, chaleureux. Sur la place, un immense brasier accompagne les Apokries, le carnaval grec précédant le Carême. La musique traditionnelle s'élève, des Grecs nous tendent la main et nous formons bientôt une ronde autour du feu.
Le lendemain, nous repartons vers le col Baros puis le Kalogiros. Cette fois, la neige est excellente : quelques centimètres de poudreuse sur un fond dur. Nous redescendons la grande pente Est puis remontons au Souflomiti SE avant de rejoindre Matsouki.
Dormir chez Christos
Chez Christos Zacharis, la nuit devient une expérience à part entière. Nous comprenons que nous allons dormir dans la salle du restaurant, sur de petites mousses posées à même les dalles de pierre. Nous réorganisons la pièce autour du poêle et chacun trouve sa place. Le grand chien blanc de Christos dort avec nous.
Le lendemain, ce même chien nous suit dans la montagne. Après plusieurs passages plus raides, nous le perdons en espérant qu'il redescende vers son maître. De l'autre côté du col, une belle combe nous ramène vers Anthochori, dernière halte dans ce massif sauvage où, en trois jours, nous n'avons croisé presque personne.
Vers les Pindes
Le relief change. Les montagnes deviennent plus arrondies, les crêtes interminables. Les hêtres dominent d'abord, puis apparaissent les pins torturés, étêtés par les tempêtes. Après près de 2 000 mètres de dénivelé, nous gagnons une petite chapelle blanche au coucher du soleil. À perte de vue, les montagnes grecques sont baignées de lumière orangée.
La traversée se poursuit vers Périvoli puis Vasilitsa. Nous adaptons sans cesse la ligne aux images satellites, à l'enneigement réel et aux possibilités de passage. C'est exactement ce que j'étais venu chercher ici : une itinérance qui oblige à lire le terrain chaque jour.
Samarina et les pins centenaires
Depuis Vasilitsa, nous gagnons les petites chapelles orthodoxes des sommets puis plongeons entre les pins. Le ski devient parfois un slalom serré, puis la neige disparaît et laisse place aux sentiers. Nous traversons des forêts marquées par les crues de l'automne et rejoignons finalement Samarina.
À côté de la guest house, un gros pin pousse sur le toit d'une annexe d'église. Une vieille photo en noir et blanc montre déjà cet arbre, presque identique. Il incarne à lui seul ces montagnes où certains pins semblent avoir traversé les siècles.
Le Smolikas
Dernier jour. Nous partons presque skis aux pieds de Samarina pour rejoindre le Smolikas, deuxième sommet de Grèce. La longue arête sommitale se parcourt en grattant au maximum les langues de neige, en glissant dès qu'une pente le permet, puis en remontant vers le point suivant.
Nous nous retrouvons tous au sommet. D'ici, le Kakarditsa, au pied duquel nous sommes passés quelques jours plus tôt, paraît immensément loin. Le trajet parcouru prend enfin forme. Reste la descente, toujours guidée par la même logique : exploiter la neige tant qu'elle existe. En dessous de 1 500 mètres, la végétation méditerranéenne reprend ses droits et nous ramène jusqu'à Pades.
C'est sûrement le voyage qui m'a demandé le plus de préparation. C'est aussi l'un de ceux qui m'a le plus marqué : pour les doutes, les ajustements constants, l'hospitalité et cette traversée improbable d'une Grèce que l'on imagine rarement skis aux pieds.
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