Limone Piemonte → Entracque
Départ de Limone Piemonte, entrée dans le versant italien du massif en direction d'Entracque.
13,6 kmD+ 1070 mD− 640 m
Carnet de voyage
Segment #2 : Argentera
Du 18 au 22 mars 2024·5 jours·76,1 km·D+ 6260 m·D− 6940 m

Deux jours après l'arrivée à Garessio 2000, départ pour la suite de la traversée des Alpes en plusieurs segments : direction l'Argentera, versant italien du massif frontalier entre Piémont et Alpes-Maritimes.
Cinq jours de ski entre Limone Piemonte et Vinadio, en passant par Entracque et le secteur de Valdieri, avec des nuits en refuge et gias d'altitude.
Informations
Itinéraire
Deuxième segment de la traversée des Alpes en plusieurs étapes : depuis Limone Piemonte, une itinérance à ski vers l'Argentera, jusqu'à Vinadio.
Carte interactive — zoom volontairement limité.
Départ de Limone Piemonte, entrée dans le versant italien du massif en direction d'Entracque.
13,6 kmD+ 1070 mD− 640 m
Depuis Entracque, montée dans les vallons d'altitude du massif jusqu'au secteur du Canale Saint Robert, avec une séance d'entraînement DVA en cours de route.
12,4 kmD+ 1320 mD− 890 m
Bassa del Claus
Longue étape par la Bassa del Claus (2807 m), point culminant de la journée, avant de rejoindre le secteur de Gias delle Mosche, sur la commune de Valdieri.
22,4 kmD+ 1490 mD− 2850 m
Traversée vers le versant de Vinadio, jusqu'au secteur de Gias della Paur.
12,4 kmD+ 1210 mD− 760 m
Colle Aver
Dernière étape par le Colle Aver (2773 m), puis descente vers Roviera, sur la commune de Vinadio, où se termine ce deuxième segment.
15,3 kmD+ 1170 mD− 1800 m
Le récit
17-21 (Demi)-traversée de l’Argentera, de Limone Piemonte à Vinadio.
Après notre fantastique chevauchée dans les Alpes Ligures, jusqu’aux confins des Alpes, je me retrouve seul à Vinadio, avec la lourde charge de rendre mon manuscrit de thèse. Après 7 années où “Thérèse” a été une obsession quotidienne, Vinadio et son Caffè della Piazza ont été mon dernier port, ultime bureau éphémère.
Le soir, une bonne équipe me rejoint, avec pour projet d’initier une traversée des Alpes sur plusieurs années. Pour la première étape, nous avons projeté une demi traversée du massif de l’Argentera. De longues étapes nous attendent, à la fois en termes de dénivelé et de distance. Et il y eut quelques péripéties !
Le premier soir, après une belle étape dans les forêts de pins et de mélèzes, nous arrivons de nuit dans une cabane que je n’aurais pas de mal à classer parmi les plus rustiques visitées cet hiver. Les murs en béton, déjà humides avant notre passage, n’ont pas été arrangés par celui-ci. Les lits sont superposés, à trois étages, équipés de sommiers à ressorts. Les couvertures sont rationnées : une douce et confortable et une rustique par personne. Heureusement, nous y arrivons tard et nous avons prévu de la quitter aux aurores. La nuit est fraîche.
Le deuxième jour, Sylvain doit nous quitter subitement, à la suite d’une mauvaise chute la veille qui n’a pas laissé sa cuisse indemne. Pour la troisième fois de ma carrière, je suis contraint d’appeler les secours transalpins. L’hélicoptère tardera à arriver, et nous ne sommes pas en avance pour terminer notre étape. Une belle pente ouest nous attend, raide à souhait, avec un petit passage de dry skiing pour en sortir. Cette pente était une zone d’ombre de ma préparation, et on s’en sort bien, sans avoir besoin de redescendre trop bas. Une autre pente me préoccupe : nous devons monter assez haut en direction du refuge Pagari pour parvenir par gravité à un petit passage exposé, que j’aimerais pouvoir franchir à la descente. Ça passe sans problème ! Il nous reste une dernière montée pour arriver à notre seconde cabane. Sauf qu’une fois arrivés au point où nous devrions la voir, il n’y a rien. Seulement une raide pente de neige.
Je me remémore alors cette expérience du petit bivouac Blais, situé juste sous la crête de la frontière franco-italienne, où pendant la nuit le vent avait apporté près d’un mètre de neige devant la porte, nous obligeant à redoubler d’ingéniosité pour ouvrir la porte de l’intérieur. La configuration de ce bivouac est identique, situé sous une crête. J’avais eu la bonne idée d’enregistrer les cartes aériennes de la zone où le bivouac est bien visible. Il m’a suffi de quelques coups de sonde pour identifier l’emplacement de la porte. Et après une petite heure de pelletage, l’entrée du bivouac est dégagée ! Ce qui est certain, c’est que nous n’avons pas eu froid cette nuit-là.
Le lendemain, c’est Roland qui ne se sent pas bien, encore sous antibio après une mauvaise bronchite. Il me faut organiser son rapatriement, cette fois-ci sans hélicoptère car il n’était pas empêché pour skier à la descente. S’en est suivi une journée interminable, alourdie par la chaleur. Il y eut encore l’épisode du lac de barrage, qu’il nous fallait bien traverser. Loupant le petit tunnel du chemin d’été, en partie obstrué par la neige, on s’est retrouvé à faire de l’urban ski-mountaineering le long d’une imposante structure de béton… puis il y a eu enfin ce chemin à descendre pour arriver aux thermes de Valdieri. Il n’en fallait pas moins pour skier.
Valdieri, Casa Savoia, enfin, on va manger autre chose que des Rana, enfin on peut épancher notre soif d’une grande bière et se délecter de bons vins piémontais. Alors que la soirée était aussi mollassonne que notre fatigue, elle a subitement été relancée lorsque quatre italiennes sont entrées dans le refuge, de façon tout à fait improbable, tirées des entrailles de la nuit noire.
Refuge Valasco, on profite d’une petite pause boisson, au cœur de la canicule printanière. Refuge étrange, tout droit sorti d’un conte de fées ou bien un reste du tournage d’un film fantastique. Je profite du wifi pour caler un énième changement de plan météo pour le week-end qui arrive. Ce n’est pas mince affaire de trouver un refuge pour 12, un samedi soir du mois de mars. Dans la montée qui suit, nous croisons enfin des skieurs. C’est Claude, un guide suisse à qui j’ai conseillé il y a quelques jours de venir dans le coin.
Refuge Malinvern, perché là-haut sur son promontoire. Le local d’hiver, également haut perché, jouit d’une vue magnifique sur la vallée.
La dernière étape remplit toutes ses promesses : le paysage est ouvert et de nouveau clairsemé de petits mélèzes. Nous décidons de monter jusqu’à la Cima Gias dei Laghi, notamment pour voir la suite de notre traversée. L’an prochain, nous essayerons de dormir à l’imposant hospice de Sant’Anna. On a du mal à partir tant la vue est prenante. Encore une bonne descente abritée du soleil, avant de retrouver Sylvain là où la neige ne recouvre plus la route.
Cette demi-traversée de l’Argentera a rempli toutes ses promesses. De belles et longues étapes, des paysages très variés, des cabanes rustiques et parfois joueuses, des descentes restées froides et parfois devenues très molles. Des rencontres aussi, avec les gardiens de Valdieri, avec des coqs de bruyères et des dizaines de chamois.
J1 : sommet du télésiège “Colle di Tenda” - Asile Arnaldi - crête de la Cima del Sabbione - Bivacco Sperenza.
J2 : col à l’ouest de la Cima della Scandeiera - lac de l’Agnel - passo dell’agnello - traversée sur le flanc nord de la Cima de Peïrabroc - refuge Pagari - bivouac Moncalieri bien caché !
J3 : passaggio dei Ghiacchiai del Gelas - Rifugio Soria Elena - Colle delle Fenestrelle - Lago dei Chiotas - passo del Chiapous - Terme di Valdieri
J4 : rifugio Valasco - Coletto di Valscura - rifugio Malinvern
J5 : Testa Gias dei Laghi - valone di Sant’Anna - Vinadio.
Portfolio
Segment #2 : Argentera