Sankt Anton am Arlberg → Friedrichshafener Hütte
Par le Kuchenjöchli et le Schafbichjoch, longue première journée jusqu'à la Friedrichshafener Hütte, à Mathon.
21,5 kmD+ 2040 mD− 1930 m
Carnet de voyage
Tour du massif, en Autriche
Fin mars – début avril 2024·4 jours·54,8 km·D+ 4960 m·D− 5780 m

Quatre jours de tour à ski dans le massif du Verwall, en Autriche, de Sankt Anton am Arlberg à Langen am Arlberg : trois nuits en refuge (Friedrichshafener Hütte, Neue Heilbronner Hütte, Neue Reutlinger Hütte) et de longues journées de ski entre le Tyrol et le Vorarlberg voisin.
Informations
Itinéraire
De Sankt Anton am Arlberg à Langen am Arlberg, un tour à ski de refuge en refuge dans le massif du Verwall, entre Tyrol et Vorarlberg.
Carte interactive — zoom volontairement limité.
Par le Kuchenjöchli et le Schafbichjoch, longue première journée jusqu'à la Friedrichshafener Hütte, à Mathon.
21,5 kmD+ 2040 mD− 1930 m
Par le Muttenjoch et le Schrottenkopf, jusqu'à la Neue Heilbronner Hütte, au cœur du Verwall.
9,0 kmD+ 920 mD− 750 m
Par le Valschavieljöchle et la Schwarze Wand, longue descente jusqu'à la Neue Reutlinger Hütte, à Silbertal.
13,5 kmD+ 1570 mD− 1490 m
Par l'Oberer Rauer Kopf, dernière et longue descente jusqu'au village de Langen am Arlberg, qui clôt le tour du massif.
10,8 kmD+ 430 mD− 1610 m
Le récit
Ce raid-là, plus encore que d'autres déjà compliqués à organiser cette année, fut un casse-tête. Sur les 4 jours projetés, la météo annonçait un retour d'Est actif sur la frontière italienne et une perturbation venue de l'Ouest touchant les Alpes centrales et occidentales. Il n'y a guère que l'Autriche qui était épargnée. Nous avions dans tous les cas prévu de visiter l'Ortles tyrolien, et en comparaison la partie occidentale de l'Autriche est plus accessible.
Sauf que je n'ai jamais mis les pieds en Autriche, et en gardant l'éthique que j'applique aux autres massifs que je visite, je m'interdis d'aller sur les sites des agences commerciales pour copier-coller un raid déjà tout prêt. Je veux au contraire m'immerger virtuellement dans un massif, en comprendre le relief et les « zones de faiblesse », identifier les hébergements possibles… Dans tous les cas, je voulais privilégier cette fois-ci un massif secondaire, par nécessité impérieuse de fuir la foule du week-end de Pâques.
En balayant grossièrement les différents massifs autrichiens, cherchant ceux qui n'avaient pas un profil trop alpin, je m'arrêtais sur le Vorarlberg.
Ensuite, il a fallu gérer le casse-tête des hébergements. Entre les hébergements dont le local d'hiver est fermé jusqu'à nouvel ordre, ceux où il faut récupérer une clé et ceux qui ne possèdent pas de local d'hiver, le choix n'est pas grand. Il en restait tout pile trois, assez éloignés les uns des autres pour imaginer de belles étapes. Seul hic, la première d'entre elles sera longue… deuxième hic : si nous fuyons le mauvais temps, nous ne serons pas épargnés par le vent…
Premier indice : le sommet de la station de St-Anton am Arlberg est fermé. Le ton est donné. Nous « perdons » 200 m de dénivelé et frisons à présent les 2000 m de D+. Au-delà du vent et du dénivelé, la distance sera la troisième invitée de cette journée éprouvante pour tous.
Je découvre l'Autriche et ses montagnes, d'altitude modeste mais aux profils furieusement alpins. Le foehn apporte ses tonnes de sable du Sahara et teinte le ciel d'une belle lumière jaune.
On ne retiendra pas cette première descente, à moitié transformée mais pas complètement, mais on retiendra cette seconde montée, interminable, jusqu'au Schafbichjoch. Comme souvent lors des premières journées, c'est à la frontale que nous rejoignons la cabane. Deux de ses occupants dorment déjà, après avoir sifflé six grandes canettes de bière et une bouteille de vin. Des cadavres qu'envient mes compagnons belges !
La seconde journée, avec un petit 1000 m de dénivelé et sans distance, est passée sans forcer. Le vent est plus intermittent, mais encore bien là. Il claque sur les fenêtres de la Heilbronner Hütte, mais ne dérange plus nos longues parties de belote, passe-temps d'un après-midi de farniente…
Le troisième jour restera dans la mémoire de mes compagnons comme la plus belle journée. On a joué à saute-crête, en montant au sud et en descendant dans la bonne neige froide tombée pendant la nuit. D'abord le Valschavieljöchle, en guise d'échauffement, puis la belle pente nord du Schwarze Wand et enfin une autre belle pente d'une bosse sans nom.
Arrivés à la Reutlinger Hütte, la seule cabane où j'ai pu réserver des places, nous trouvons une première porte close. Nous dégageons une seconde porte, dans l'espoir qu'elle soit ouverte. Mais après une demi-heure de labeur, on doit se résoudre à la même conclusion… La cabane est fermée, et à aucun moment cela n'était indiqué sur internet. La gardienne m'a seulement envoyé un mail pour m'avertir que la réserve de bois était quasiment épuisée, mais elle ne m'a jamais évoqué la présence d'une éventuelle clé. L'inquiétude me gagne. Les idées fusent vite dans la tête des garçons, mais avec bien plus de clairvoyance dans celle de Cécile, qui émet l'idée d'essayer la clé utilisée pour la première cabane. Nous n'aurons pas besoin d'user d'autres stratagèmes. La porte s'ouvre, et nous poussons tous un grand ouf de soulagement !
Cette petite cabane est bien plus rustique que la précédente, mais elle incarne l'imaginaire de la cabane : une grande table et sur l'autre bat-flanc un grand dortoir qui occupe toute la largeur. C'est la première fois depuis 3 jours que personne n'a chauffé la cabane pour nous, et nous ressentons les 1 °C affichés sur le thermomètre intérieur. Nous monterons péniblement à 8 °C, et pas un dixième de plus ! Elle fait d'autant plus office d'abri que dehors, la tempête fait rage. Son emplacement, au milieu d'un col, n'est peut-être pas pour rien dans la vibration des murs à chaque rafale. Le vent parvient à s'engouffrer dans les micro-interstices des murs et du sol et même à ouvrir la double porte d'entrée pourtant fermée.
Le lendemain, la perturbation prévue est bien là. Premier indice : les vitres sont recouvertes de neige. Le vent ne semble pas avoir faibli au col. Ça va être ambiance ! Et pourtant, quelques centaines de mètres sous le col, il n'y a plus un souffle. En revanche, la pluie remplace bientôt la neige, et nous progressons à présent dans un manteau peu consistant.
Une à une, les options anticipées sont rendues caduques. Telle pente ne m'inspire pas, telle autre a été balayée par une avalanche de fond, telle autre encore est plongée dans le brouillard. L'option finalement retenue n'avait jamais été identifiée. Dans la mesure du possible, je cherche à rejoindre puis franchir la crête qui me sépare de Langen, car la descente me semble beaucoup moins galère.
C'est finalement dans une pente labyrinthique que nous parvenons à nos fins. Que j'aime ces descentes scandées d'incertitudes !
J1Sankt Anton am Arlberg → Friedrichshafener Hütte
J2Friedrichshafener Hütte → Neue Heilbronner Hütte
J3Neue Heilbronner Hütte → Neue Reutlinger Hütte
J4Neue Reutlinger Hütte → Langen am Arlberg
Portfolio
Tour du massif, en Autriche